Vieillir chez soi ne devrait pas être un privilège

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Vieillir chez soi ne devrait pas être un privilège

03/06/2026

Demain, la France comptera près de 4 millions de personnes âgées de plus de 85 ans. Une réalité démographique qui nous oblige à repenser notre manière d’accompagner le vieillissement.

Pourtant, une aspiration demeure constante : 9 Français sur 10 souhaitent vieillir à domicile. Non pas par défaut, mais par choix.

Aujourd’hui encore, ce choix reste fragile. Il dépend trop souvent du lieu où l’on vit, de ses ressources financières ou de la présence d’un entourage disponible. Un accident de vie, une perte d’autonomie ou l’épuisement d’un proche aidant peuvent rapidement remettre en question le maintien à domicile.

Et si nous arrêtions de considérer le domicile comme une solution secondaire ? Et si nous en faisions enfin un véritable projet de société ?

Changer de regard sur le vieillissement

Vieillir n’est pas un problème à gérer. C’est une étape de vie à accompagner.

Pourtant, de nombreuses personnes âgées souffrent encore de l’isolement. De nombreux aidants s’épuisent face à la charge quotidienne. Et trop souvent, les solutions n’interviennent qu’une fois les difficultés installées.

Il est temps d’inverser la logique : prévenir plutôt que subir, accompagner plutôt que réparer.

Chez Oui Care, nous sommes convaincus que le domicile doit être au cœur des réponses apportées au défi du vieillissement. Chaque jour, nos marques et nos équipes accompagnent des milliers de familles partout en France pour leur permettre de vivre, grandir et vieillir dans les meilleures conditions.

Un écosystème de solutions au service du mieux vieillir

Parce que les besoins évoluent tout au long de la vie, nous avons développé un ensemble de solutions complémentaires pour accompagner les personnes âgées et leurs proches.

Fédérer les acteurs du mieux vieillir

Avec Silver Alliance, nous fédérons un écosystème de marques partenaires dédiées au mieux vieillir à domicile.

L’objectif : proposer des solutions adaptées aux besoins des seniors et simplifier leur quotidien.

Coordonner les parcours de vie

Les care managers d’Autonomia accompagnent les familles dans la coordination des différents intervenants et services. Ils facilitent l’organisation du parcours de vie en prenant en compte les enjeux de santé, d’aide au quotidien, de logement et de lien social.

Accompagner sans remplacer

À travers sa méthode « Faire ensemble », O2 encourage l’autonomie des personnes accompagnées en les associant aux gestes du quotidien plutôt qu’en agissant à leur place.

Une approche personnalisée

France Présence s’appuie notamment sur l’approche Montessori adaptée aux personnes âgées et sur l’écoute active pour proposer un accompagnement respectueux du rythme, des besoins et des capacités de chacun.

Des services de proximité ancrés dans les territoires

Grâce à son réseau de proximité, APEF développe des services accessibles au plus près des familles afin de répondre aux besoins du quotidien et favoriser le maintien à domicile.

Accompagner les situations de fragilité

Les Bienveillants proposent un accompagnement spécifique des personnes en situation de fragilité ou de dépendance, avec une attention particulière portée à la qualité de vie et au soutien des proches.

Imaginer de nouvelles formes d’habitat

Avec Nous Mêmes, Oui Care développe des solutions d’habitat inclusif qui constituent une alternative entre le domicile traditionnel et l’établissement spécialisé, tout en préservant l’autonomie et le lien social.

Un plan concret pour agir dès maintenant

Le virage domiciliaire n’est pas une option. C’est une nécessité sociale, humaine et économique.

Pour répondre aux enjeux du vieillissement de la population, Oui Care porte un Plan Grand Âge articulé autour de leviers concrets, activables et finançables.

  • Mieux accompagner

Développer les métiers de care managers capables de coordonner l’ensemble des dimensions du parcours de vie : santé, aide quotidienne, logement et lien social.

  • Simplifier la vie des familles

Faire évoluer les dispositifs de financement vers davantage de souplesse afin qu’ils répondent mieux aux besoins réels des personnes et s’adaptent aux différentes étapes de la vie.

  • Développer des alternatives

Créer davantage de solutions d’habitat intermédiaire entre le domicile isolé et l’établissement spécialisé, afin de multiplier les choix offerts aux seniors.

  • Soutenir les aidants

Mieux accompagner celles et ceux qui soutiennent un proche au quotidien, en favorisant le répit, l’information et la possibilité de déléguer sans culpabilité.

  • Rendre le système plus juste

Mieux répartir les financements et garantir un reste à charge soutenable pour permettre au plus grand nombre de choisir de vieillir à domicile.

Faire du domicile un véritable choix

Le moment est venu de construire un véritable pacte du domicile.

Un pacte qui donne aux familles des solutions concrètes, qui soutient les aidants, qui valorise la prévention et qui place les aspirations des personnes âgées au cœur des politiques publiques.

Faire du mieux vieillir chez soi une réalité accessible à tous : telle est l’ambition portée par Oui Care et l’ensemble de ses marques engagées aux côtés des familles.

Découvrez le Plan Grand Âge Oui Care et nos engagements pour le mieux vieillir à domicile.

Vers une société de la longévité sexuelle

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Vers une société de la longévité sexuelle

18/03/2026

Temps de lecture estimé : 11 minutes

75% des personnes âgées de “70 ans et plus” accordent une place importante à la sexualité dans les plaisirs de la vie, soit ni plus ni moins que pour l’ensemble de la population des “18 ans et plus”.

Et si en matière de sexualité, les différences d’âge et notamment le vieil âge n’étaient pas un facteur différenciant déterminant ? C’est vers cette analyse que s’oriente l’enquête Oui Care sur la sexualité des seniors [1]. Certes, il y a des différences qui se dégagent, mais vous allez le voir, elles restent périphériques.

Selon une étude internationale, 70% des hommes et 64% des femmes âgés de 40 à 80 ans pensent que la capacité à avoir des relations sexuelles diminue avec l’âge [2]. Pour eux, il existerait même un âge limite à la sexualité qu’ils situent – et c’est là que le résultat prête à sourire – dans la décennie qui suit leur âge. Autrement dit, l’âge limite identifié par les protagonistes de l’étude ne les concerne pas encore directement, et ce, quel que soit leur âge

On ne sait réellement comment interpréter ce résultat qui pourrait tout autant s’expliquer par l’existence d’un décalage entre les croyances et les pratiques, ou par une difficulté à accepter et à énoncer la fin d’une sexualité. Cela étant, nous avons aussi mené l’enquête au sein du groupe Oui Care auprès d’un échantillon de 1000 individus représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus [1].

Effet cocorico (ou non), pour 71% des personnes interrogées, il n’existe pas d’âge limite à la sexualité, et ce quel que soit l’âge des répondants. Cela n’est, par ailleurs, pas le seul point d’accord attestant un rapport plutôt positif et décomplexé à la sexualité :

  • 75% estiment que celle-ci occupe une place importante dans les plaisirs de la vie
  • 72% se disent satisfaits de leur vie sexuelle
  • 88% ne le vivent pas comme un sujet tabou

Mais que se cache-t-il derrière ces généralités ? Femmes/hommes ou jeunes/vieux : sommes-nous semblables dans notre approche de la sexualité ?

Les résultats de notre enquête montrent de nombreux points de divergence significative entre les hommes et les femmes, davantage semble-t-il qu’entre les plus jeunes et les plus vieux. L’âge serait ainsi un critère moins différenciant que le sexe en ce qui concerne les pratiques et les perceptions de la sexualité. Néanmoins, on notera quelques points de variation, à commencer par la fréquence des rapports sexuels qui change selon les âges.

Fréquence des rapports sexuels et avancée en âge

Autant l’âge ne semble pas avoir de prise sur la place accordée à la sexualité dans les plaisirs de la vie ; autant il semble jouer un rôle au niveau de la fréquence des relations sexuelles.

Mais tout d’abord la bonne nouvelle : 75% des “65 ans et plus” déclarent avoir des rapports sexuels (versus 81% en moyenne) dont 56% au moins 2 fois par mois (versus 66% en moyenne).

Les plus âgés expriment donc une vie sexuelle [3], mais son intensité en termes de fréquence est plus faible comparée aux autres classes d’âge. La proportion de personnes ayant des rapports “au moins une fois par semaine” est significativement plus réduite chez les plus âgés (36% chez les “65 ans et plus” – versus 50% en moyenne dans la population d’étude).

Si ces résultats vont plutôt dans le sens de l’attendu, il est une comparaison des plus surprenantes, ou tout du moins qui relativise la présomption d’association que l’on peut faire entre vieillesse et absence de rapport sexuel.

La comparaison entre les tranches d’âges les plus éloignées de notre échantillon a ainsi permis de constater que l’absence de vie sexuelle n’est pas plus représentée chez les plus âgés que chez les plus jeunes ! 36% des “18-24 ans” déclarent ne pas avoir de rapports sexuels, contre 31% des “70 ans et plus”. Finalement, la proportion de “non pratiquants” est équivalente aux deux extrémités de la vie d’adulte. Ce qui change en revanche, c’est la fréquence des rapports pour ceux qui déclarent une vie sexuelle.

La part des individus déclarant ne pas avoir de rapports sexuels est quasiment la même aux deux extrémités de la vie d’adulte. Néanmoins, chez ceux déclarant avoir des rapports sexuels, on observe une sexualité plus active chez les plus jeunes.

Les raisons sous-jacentes à l’absence de rapports sexuels sont également différentes selon que l’on ait 20 ou 70 ans. En soi, cela n’a rien d’une révélation étant donné que les contextes de vie sont bien différents entre ces âges. Notre étude révèle d’ailleurs que les raisons avancées pour expliquer l’arrêt ou absence de sexualité sont très liées aux évènements de vie qui caractérisent chaque tranche d’âge, avec toutefois un facteur commun pour tous qui est celui de l’absence de désir et de libido (61% d’accord en moyenne). C’est un facteur jugé central pour tous, mais moins pour les plus âgés qui le mettent au même niveau que la maladie ou un mauvais état de santé.

Satisfaction vis-à-vis de sa sexualité

Outre la fréquence des rapports, notre étude relève une autre tendance liée à l’avancée en âge. Globalement, nous avons observé un taux de satisfaction important dans l’ensemble de la population. Ainsi, 72% des personnes interrogées se déclarent satisfaites de leur vie sexuelle.

Néanmoins, quand on regarde la part des “très satisfaits”, on remarque qu’elle tend à diminuer chez les plus âgés. Moins d’1 individu sur 6 se dit “très satisfait” de sa vie sexuelle après 55 ans, contre 1 sur 4 avant 35 ans. Aussi, on peut donc dire que même si la place de la sexualité parmi les plaisirs de la vie ne change pas avec le temps, il en va autrement de l’intensité de son expression [4].

Une sexualité qui s'affranchit en vieillissant

L’étude a aussi révélé que la sexualité se vivait plus librement avec l’âge, du moins plus dégagée de la pression normative.

Premier résultat : on observe que la sexualité est encore moins perçue comme un sujet tabou en vieillissant (c’est le cas de 94% des “plus de 70 ans” versus 77% des “18-24 ans”).

Second résultat plus éclairant encore : les plus jeunes expriment davantage de complexes physiques venant gêner leur vie sexuelle (40% des 18-24 ans, 42% des 25-34 ans, 46% des 35-44 ans – versus – 26% des 60-70 ans et 15% des “70 ans et plus”). L’existence de tels complexes expliquent même à leurs yeux l’absence de sexualité (43% des 18-24 ans, 41% des 25-34 ans – versus – 18% des 60-70 ans et 8% des “70 ans et plus”). Quelle ironie ! Alors que les modèles esthétiques dominants valorisent les corps jeunes, ils les obligent également à une comparaison incessante et particulièrement délétère.

C’est étrange, mais finalement le fait que la société place davantage dans ses marges ses membres les plus vieux, cela émancipe également ces derniers de certaines contraintes sociales. Ce n’est pas pour autant que l’on ne souffre pas de comparaison dans le vieil âge, et encore moins des représentations et stéréotypes négatifs de la vieillesse. Mais ces comparaisons se jouent peut-être plus au niveau “intra-individuel” que “inter-individuel”. Ce serait d’ailleurs une des contradictions de la vie. Alors qu’en vieillissant, on s’émancipe davantage de certaines pressions normatives et morales, c’est dans la comparaison à ce que l’on a été – et donc à ce que l’on a perdu – que l’on se retrouve cette fois sans cesse renvoyé. Comme si on se dégageait de modèles culturels oppressants pour s’enfermer à nouveau dans une autre comparaison idéale que l’on ne pourra jamais atteindre, son “moi passé”. C’est cette comparaison incessante qui fait dire à Claude Lévi-Strauss dans une interview publiée dans le journal Le Monde en 1999 : “Dans ce grand âge que je ne pensais pas atteindre, et qui constitue une des plus curieuses surprises de mon existence, j’ai le sentiment d’être comme un hologramme brisé” [5]. Des morceaux d’un tout qui se voient encore sous leur entièreté alors que celle-ci n’est plus et n’existe que comme une abstraction.

Il semblerait, par ailleurs, que la capacité en vieillissant à se détacher de ses repères habituels, même ceux qui soutenaient jusque-là une image positive de soi, pour en élaborer de nouveaux, représente une posture efficace car cela permet de conserver une bonne estime de soi. Se libérer de ce que l’on a été pour jouir pleinement de ce qui nous reste à vivre” [6] telle serait ainsi une des clés pour vieillir bien ! Par ce “travail du vieillir”, on mesure combien le vieillissement constitue aussi un travail de resignification de son rapport au monde.

Sexualité et très grand âge : ne cédons pas au déni !

A ceux qui pensent qu’on est en train de se voiler la face, qu’au bout du bout ce sont les pertes qui l’emportent et qu’elles emportent avec elles toute réserve libidinale et toute forme de sexualité : vous n’avez pas tort ! Mais encore faudrait-il le demander aux intéressés eux-mêmes, et les études sur le très grand âge ne sont pas si nombreuses. Notre étude elle-même ne comportait que très peu de sujets de “80 ans et plus” et, qui plus est, des individus plutôt autonomes au regard de la technique de recueil des données utilisée.

Des études anglo-saxonnes montrent effectivement que la part des individus actifs sexuellement diminue fortement avec l’avancée dans le très grand âge, en lien notamment avec l’état de santé [7, 8]. En revanche, la part des individus les plus actifs sexuellement (≥ 2-3 rapports sexuels par mois) reste plutôt stable. Même si cela est minoritaire, on peut donc avoir une activité sexuelle régulière passé 80 ans, voire même cela entretiendrait nos capacités sexuelles.

Ces constats de raréfaction de la sexualité chez les très vieilles personnes interrogent néanmoins. En effet, de quelle sexualité parle-t-on ? De la sexualité génitale ? De caresses masturbatoires ? D’érotisme au sens plus large ?

Il est évident qu’après 80 ans les voyants sont plutôt au rouge sur certains aspects : troubles de l’érection dans plus de 8 cas sur 10 [9] et certains spécialistes évoquent même le fait qu’il n’y a plus forcément la possibilité de pénétration passé 80-90 ans [10]. Sans compter le contexte psycho-social d’isolement et de dépression qui touche tout particulièrement les plus âgés.

Pour autant, il est également possible que la sexualité évolue vers d’autres formes d’expression de la libido. Colson [11] aborde cette évolution de la sexualité qui passe par l’adaptation, l’acceptation du lâcher prise pour découvrir de nouveaux espaces érotiques. Cette “intimité préservée” qu’elle décrit semble s’écarter du modèle de puissance et de virilité pour se diriger plutôt vers un partage d’expérience émotionnelle, dans une espèce de symétrie des rôles. Non seulement les pratiques évoluent, mais elles se diversifieraient aussi, toujours selon Colson. La psychanalyste Bergeret-Amselek évoque également ce changement dans le très grand âge où “plus que jamais la sexualité fait appel à l’érogénéité du corps tout entier, au-delà de la sexualité génitale” [10].

par Véronique Cayado

Docteure en psychologie, responsable d’études au Lab Autonomia

Sources :

[1] Oui Care (2020). Enquête Oui Care sur la sexualité des seniors. Désir, plaisir, sexualité : après 60 ans, la vie sexuelle continue ! 

[2] Laumann, E.O. & al. (2004). Sexual problems among women and men aged 40-80 y : prevalence and correlates identified in the Global Study of Sexual Attitudes and Behaviors. Int J Imp Res, 1-19 : in  Colson, M.H. (2007) [14]

[3] Il n’existe pas beaucoup de recherches sur le sujet de la sexualité des personnes âgées, notamment en France (sondage place-des-seniors.fr de 2015). Néanmoins, les données existantes confirment le maintien d’une sexualité avec l’âge dans des proportions variables selon les études [3, 4, 5]. 

[4] Il aurait été intéressant de mettre ce résultat en parallèle avec le niveau de satisfaction dans la vie en général afin de voir si, à un niveau plus global, on observe aussi un degré de satisfaction moins intense avec l’âge. C’est une piste de réflexion que nous nous réservons pour la suite de nos travaux, avec toujours en ligne de mire la question du poids du regard social sur le vécu de la vieillesse. Car à n’en pas douter, il est toujours plus facile de s’épanouir quand on ne se compare pas aux autres, et plus encore à ce que l’on a été (ou plutôt devrait-on dire à ce “moi idéalisé” que l’on croit avoir été et que les affres du vieillissement nous poussent souvent à regarder sous un jour plus clément). 

[5] https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2009/11/04/1999-comme-un-hologramme-brise_1262645_3382.html

[6] Cette formule est tirée d’une présentation de Marie-Hélène Colson [5] en référence aux travaux de Le Gouès (2000) qui distingue plusieurs modes de vieillir et notamment celui du “vieillissement compensé” qui se caractérise par les “capacités du sujet à relancer les sublimations et la créativité” (voir les notes de lecture de Jean-Paul Matot, Cahiers de psychologie clinique, 2002, n°19) 

[7] Lindau & al, (2007). A Study of Sexuality and Health among Older Adults in the United State. N Engl J Med, 357 : 762-774.

[8] Lee, D.M., Nazroo, J., O’Connor, D.B., Blake, M., Pendleton, N. (2016). Sexual Health and Well-being Among Older Men and Women in England: Findings from the English Longitudinal Study of Ageing. Arch Sex Behav, 45(1) : 133-44. 

https://www.cairn.info/revue-cahiers-de-psychologie-clinique-2002-2-page-181.htm

[9] Pinnock, C.B. (1999) : cité par Colson, M.H. (2007) [14]

[10] Imbert, G. (2012). Évolutions de la sexualité, des désirs et avancée en âge : des regards psychanalytique, médical et sexologique. Entretien avec Catherine Bergeret-Amselek, Marie-Laure Alby & Sheila Warembourg. Gérontologie et Société, 35(140), 193-203. 

[11] Colson, M.H. (2007). Âge et intimité sexuelle. Gérontologie et société, 30(122), 63-83. 

 Le vieillissement aura-t-il la peau de votre libido ?

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 Le vieillissement aura-t-il la peau de votre libido ?

12/01/2026

La sexualité et les sentiments amoureux chez les vieilles personnes ont souvent été décriés par la morale : une “difformité de la nature” pour La Bruyère au XVIIème siècle – une pratique dangereuse pour la santé d’après certains traités médicaux au XIXème siècle [1]. Malgré la gêne ou le dégoût que ce sujet peut encore susciter, les mentalités ont malgré tout bien évolué. Les travaux scientifiques eux-mêmes mettent en évidence les bénéfices d’une activité sexuelle régulière sur le bien-être et la santé des individus vieillissants (impacts sur le risque cardio-vasculaire, sur la mortalité, etc.) [2, 3, 4, 5]. Elle serait, par ailleurs, un des meilleurs reconstituants du sentiment d’exister [5].

Mais pourquoi parler de la sexualité des personnes âgées ? Après tout, c’est un sujet qui ne concerne que les intéressés eux-mêmes. Comme tout un chacun finalement. C’est vrai et, en même temps, c’est justement parce qu’ils sont “comme tout un chacun” que cela vaut le coup d’en parler.
Il y a quelque chose de tabou dans l’évocation de la sexualité des vieux. Mais plus encore, cela soulève du dégoût, voire de l’écœurement ! Comme si l’amour à partir d’un certain âge était sale, mais en quoi et pour qui ?

Pourquoi la sexualité serait-elle inappropriée lorsqu’on est vieux ?

Plusieurs explications sont généralement avancées. La première est l’empreinte judéo-chrétienne selon laquelle la sexualité n’a de sens que dans le cadre de la procréation. Si on fait le parallèle avec le principe de sélection naturelle – la sexualité des vieux échappant tout autant au but de procréation qu’à celui de perpétuation de l’espèce – on est en droit de se demander pourquoi cela existe encore (car oui cela existe !) ? Pourquoi la sélection naturelle n’a-t-elle pas réglé son compte à cette propension qui finalement ne sert à rien (du moins du point de vue de l’espèce humaine) ? A ce premier niveau d’explication s’ajoutent d’autres hypothèses, comme celle de la vision idéalisée du vieux sage qui serait incompatible avec une vie pulsionnelle tant la sagesse est associée à l’idée de renoncement aux plaisirs, ou encore celle de la difficulté à se représenter la sexualité de ses propres parents en lien avec le tabou de l’inceste.

Si le dégoût est à ce point élevé, c’est qu’il existe une conjonction de facteurs, ceux déjà évoqués, mais également deux autres explications me paraissent particulièrement importantes.

Le jeunisme et la sublimation du corps jeune participent grandement du dégoût que génère l’évocation de la sexualité des plus âgés. Comment un “corps vieux” pourrait-il décemment susciter le désir ?? “Un corps usé, ridé, défraîchi, flétri, plissé, fané, fripé, avachi ? Un corps desséché, ravagé, dégradé, raviné, décati, décrépi… ? Un corps fatigué, déficitaire, souffrant… ? Un corps asexué ?” [6]. Ce corps convoité par la mort, vidé de sa substance vitale, pulsionnelle, ne peut être désirable. Ni même, ne peut être traversé de désirs. Comme l’antichambre de la mort, le corps vieux est vu comme incapable de produire de l’énergie et donc de l’énergie libidinale. Cela peut être le cas en effet du “corps instrumental” caractérisé par “sa force de travail, sa productivité et ses performances” qui est plus directement affecté par le vieillissement [6]. Mais cela est moins vrai du “corps expressif”, celui des émotions, des sensations et des capacités de communication. Cette croyance selon laquelle l’énergie vitale diminue avec le temps, jusqu’à aboutir à la mort, fait donc abstraction des capacités expressives du corps vieillissant. Certes celles-ci peuvent s’atrophier mais comme à tout âge de la vie par manque de stimulation ou pour échapper à une réalité traumatique. Mais elles ne meurent pas du vieillissement et peuvent donc lui survivre.

La seconde interprétation consiste à dire si nous avons du mal collectivement au sein de la population des “pas encore vieux ou trop vieux” à reconnaître que cela peut se faire et se faire bien, même passé un certain âge, même dans le grand âge, c’est parce que cela reviendrait à considérer les plus vieux comme des “nous”. Or, il est plutôt de bon ton de se démarquer d’eux et de l’image de la vieillesse. La société, globalement, a plutôt tendance à faire des plus âgés une catégorie sociale à part, différente du reste de la population et qui mérite un traitement spécifique. Cette mise à distance, qui relève d’un mécanisme de défense en lien avec nos représentations très dégradées de la vieillesse, rend difficile l’acceptation d’un partage de sensations, surtout de celles qui sont censées nous éloigner de la vieillesse.

Pour autant, existe-t-il un “nous” en matière de sexualité ?

Car il s’agit bien là d’une expérience intime par excellence. Ce seraient plutôt les différences qui caractérisent la sexualité, des différences inter-individuelles, c’est-à-dire entre les individus d’une même tranche d’âges, mais également des différences intra-individuelles dans le sens où cela varie aussi dans le temps pour une même personne. Cela varie dans l’intensité des pratiques, dans la manière de les vivre, plus ou moins affirmée ou inhibée, plus ou moins réprimée ou libérée. Mais cela varie aussi dans la forme et le type de pratique. Comme l’explique la psychanalyste Catherine Bergeret-Amselek, “la sexualité peut s’exprimer sur plusieurs registres au cours de la vie, selon les circonstances et les étapes en cours. Quelquefois il s’agit simplement d’une demande de caresses, d’une sexualité orale, d’autre fois d’une sexualité plus génitale” [7].

[Encadré] “À chaque entrée dans un nouvel âge de la vie s’effectue un remaniement identitaire et donc un remaniement libidinal qui va mettre en péril la liaison pulsion de vie-pulsion de mort. À cette occasion le désir et la libido vont être bouleversés” (C. Bergeret-Amselek [7])

On change inexorablement au cours de la vie. Notre identité personnelle, comme notre identité pour autrui se transforme au gré des identifications, des rôles, des statuts que l’on occupe, des rencontres… Il en va de même de notre sexualité et de notre libido. Elles évoluent et se transforment dans la vieillesse, plus ou moins selon les individus. Cela étant, puisqu’il n’existe pas une sexualité, mais que celle-ci est plurielle et évolutive, parler de sexualité des personnes âgées, c’est parler de toutes les expressions et les manifestations de l’énergie libidinale, bien loin parfois de la norme masculine de “pénétration/performance” portée à outrance par la pornographie de masse.

Parler de la sexualité des plus âgés n’a d’autres sens que de lutter contre la tendance à la déshumanisation des vieilles personnes.

Il ne s’agit donc pas d’introduire une nouvelle ingérence dans les modes de vieillir idéals, une injonction de plus. L’intérêt du sujet est dans le fait de pouvoir bousculer les idées reçues pour changer le regard sur la vieillesse et défendre aussi le droit de jouir de son “corps vieux”, ce corps qui sait toujours avoir et donner désir et plaisir, si tant est (tenté ?) qu’il en ait envie.

 

“Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Ainsi, pourrait-on dire aussi de nos pulsions et de nos désirs. Car si vieillir, c’est changer continuellement, il en va de même des plaisirs de la vie, y compris en matière de sexualité. Questionner la sexualité de tous, des plus âgés comme des plus jeunes, c’est aussi vouloir tordre le cou à cette croyance profondément enracinée qui fait des vieux des êtres à part, des autres devenus à ce point dissemblables que seuls subsistent en eux les besoins physiologiques de base.”

par Véronique Cayado

Docteure en psychologie, membre de l’Institut Oui Care

Sources :

[1] Quentin, B. (2012). Grand âge et sexualité : d’une modernité à l’autre ou démocratisme contre société des images. Gérontologie et société, 35(140) : 63-77.

[2] Smith, L. & coll. (2019). Sexual activity is associated with greater enjoyment of life in older adults. Sexual Medicine, 7(1) : 11–18. 

[3] Lindau & al, (2007). A Study of Sexuality and Health among Older Adults in the United State. N Engl J Med, 357 : 762-774.

[4] Lee, D.M., Nazroo, J., O’Connor, D.B., Blake, M., Pendleton, N. (2016). Sexual Health and Well-being Among Older Men and Women in England: Findings from the English Longitudinal Study of Ageing. Arch Sex Behav, 45(1) : 133-44. 

[5] Colson, M.H. Que devient la sexualité avec l’âge ?

[6] Claudine Attias-Donfut, C. (2008). Le corps vieux, entre imaginaire et épreuve de réalité. In Bloch, D., Heilbrunn, B., Le Gouès, G. Les représentations du corps vieux (pp. 69-79). Paris : PUF. 

[7] Geneviève Imbert, G. (2012). Évolutions de la sexualité, des désirs et avancée en âge : des regards psychanalytique, médical et sexologique. Entretien avec Catherine Bergeret-Amselek, Marie-Laure Alby & Sheila Warembourg. Gérontologie et Société, 35(140), 193-203

Petite histoire de politique vieillesse

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Petite histoire de politique vieillesse

01/12/2025

Temps de lecture estimé : 10 minutes

L’action publique à destination des personnes âgées est une pratique sociale relativement récente dans l’histoire de la société française. Par le passé, la prise en charge des vieillards relevait généralement de la sphère privée et familiale, et dans une moindre mesure du réseau traditionnel d’assistance à la pauvreté. 

Avec l’avènement de la société industrielle, le développement du salariat, l’exode rural, l’arrivée des femmes sur le marché du travail, etc., les modes d’organisation de la famille vont profondément évoluer. Dans la continuité de ces changements, on assiste peu à peu, au fil de l’histoire récente, à une diversification des modes d’aide et de prise en charge des personnes âgées, avec notamment la montée en puissance de l’action publique.

La famille : un lieu naturel de solidarité entre générations ?

Si la solidarité familiale apparaît tout à fait élémentaire et naturelle, c’est qu’il s’agit d’un mode d’organisation profondément ancré dans l’histoire.

Elle repose sur des normes morales puissantes, issues de nos traditions judéo-chrétiennes. Ainsi, il existerait une forme d’obligation morale d’assistance à ses ascendants, liée notamment à la notion de dette contractée par les enfants à l’égard de leurs parents pendant la prime jeunesse [1].

Néanmoins, pour Catherine Gucher, les enjeux de transmission de patrimoine, comme l’absence de l’action publique, expliqueraient tout autant que les normes morales “la longue histoire de la dépendance des vieillards à l’égard de leurs descendants” [2].

Si la prise en charge de la vieillesse ne devient plus seulement une affaire privée, notons toutefois que la famille continue à jouer un rôle crucial dans l’assistance apportée aux plus âgés. Tellement crucial d’ailleurs, que sans les proches aidants, le système ne tiendrait pas comme en témoignent les chiffres de la Drees [3].

Comme l’ensemble des politiques sociales, les politiques à destination de la population âgée se développent à partir du milieu du XXe siècle avec, d’abord, la structuration de l’assurance vieillesse, puis plus tard, d’un système d’assistance et d’action sociale spécifique.

NAISSANCE DE LA POLITIQUE VIEILLESSE AVEC LE RAPPORT LAROQUE EN 1962

Le rapport Laroque (1962) de la Commission d’études des problèmes de la vieillesse constitue un véritable cri d’alerte sur la situation particulièrement précaire d’un grand nombre de personnes âgées en France. Pauvreté, mal logement, isolement : les personnes âgées apparaissent comme les oubliés de la croissance économique et de la protection sociale.

La figure du “troisième âge”

Considéré comme l’acte fondateur des politiques vieillesse en France, le rapport Laroque propose une approche plutôt “moderniste” de la vieillesse « conçue comme un « 3e âge actif, autonome et participant » » [4]. On assiste ainsi à l’émergence d’une nouvelle catégorie sociale, le troisième âge, vers qui il ne s’agit plus seulement de porter une politique des retraites, mais une politique des “modes de vie” [5] tant celle-ci induit une régulation des conduites individuelles.

Intégration sociale et maintien à domicile

La logique prônée par le rapport Laroque s’inscrit en porte-à-faux avec les pratiques antérieures d’assistance caritative aux pauvres et de relégation des vieillards dans les hospices et les asiles.

L’accent doit être mis en priorité sur la nécessité d’intégrer les personnes âgées dans la société, en leur fournissant les moyens de continuer, le plus longtemps possible, à mener une vie indépendante par la construction de logements adaptés, par la généralisation de l’aide-ménagère à domicile, par la création de services sociaux de toute nature qui leur sont nécessaire, par l’organisation de leur occupation et de leurs loisirs (Rapport Laroque, 1962, p.9) [5]

L’intégration dans la société et le maintien des personnes âgées dans leur environnement constituent les mots d’ordre de cette nouvelle politique vieillesse qui se met en place avec deux priorités essentielles :

  • la consolidation d’un véritable droit à pension avec la revalorisation des retraites et du minimum vieillesse permettant de sortir les personnes âgées de la misère dans laquelle vivaient nombre d’entre elles ;
  • le développement des services de “maintien au domicile” avec la création des services d’aide-ménagère (financement CNAV [6]), puis plus tard, de soins à domicile (financement Assurance maladie).
Des retombées qui se font attendre

Les préconisations relatives à l’intégration des plus âgés dans le milieu de vie peineront malgré tout à s’incarner rapidement. Il faudra attendre véritablement le VIème plan de 1971-1975 pour voir émerger des actions sanitaires et sociales coordonnées favorables au maintien à domicile (Rapport Questiaux, 1971). C’est à cette époque-là également que se structure le secteur social et médico-social avec la loi fondatrice du 30 juin 1975.

Cette volonté politique insufflée au début des années 1960 s’inscrit dans un contexte de forte croissance économique. Mais les chocs pétroliers qui marquent la fin des 30 glorieuses ouvrent un nouveau cycle en matière de politique vieillesse en France.

LE VIRAGE “DÉPENDANCE” DES ANNÉES 1980-1990

Nouvelle donne économique

Avec le ralentissement de la croissance s’invite dans le débat un nouvel enjeu, désormais incontournable, la maîtrise des dépenses de protection sociale. Ce n’est pas pour autant que l’on écarte le sujet des politiques vieillesse – 1981 voit en effet arriver le premier secrétariat d’Etat aux Personnes âgées – mais les moyens alloués restent limités.

Cette nouvelle ère économique qui voit se creuser le déficit des budgets sociaux a donc des répercussions importantes sur les soins et l’aide sociale à destination des personnes âgées.

Il en est de même des politiques de décentralisation amorcées avec la loi Defferre du 2 mars 1982 qui confient aux départements la responsabilité de l’action sociale et de l’aide sociale à destination des personnes âgées.

Nouvelle donne idéologique

Cette nouvelle ère budgétaire correspond également à l’enclenchement d’une nouvelle dynamique des politiques vieillesse, plus centrée cette fois sur la prise en charge de la dépendance. On s’éloigne ainsi de la gérontologie sociale prônée par le Rapport Laroque au profit d’une approche plus médicale de la vieillesse de plus en plus considérée sous l’angle des incapacités et de la dépendance. La vieillesse, appréhendée jusque-là via la figure du 3ème âge, est désormais considérée sous le jour de l’invalidité.

Depuis le début des années 1980, dans les pays occidentaux, la notion de dépendance est au cœur de l’action sociale à l’endroit des personnes âgées. (…) L’approche la plus fréquente consiste à évaluer les incapacités des personnes concernées à partir de grilles de mesure, à apprécier l’aide nécessaire et à en déterminer le coût, méthode gestionnaire qui stigmatise et marginalise ceux qui en sont l’objet (Bernadette Puijalon, 2003, p.167) [7].

Vers une diversification et libéralisation des modes de maintien à domicile

On continue de soutenir les dispositifs de maintien au domicile, mais cette fois en encourageant la diversification des modalités d’aide.

➥ On facilite l’emploi direct auprès des particuliers :

  • exonération de charges patronales et fiscales pour les personnes âgées de plus de 70 ans et création des services mandataires (1986) ;
  • création des chèques services qui deviendront les CESU (1993).

➥ On ouvre le secteur de l’aide à domicile aux entreprises à but lucratif sous condition d’agrément (1996).

La logique d’emploi s’invite ainsi dans les actions de politique vieillesse avec en trame de fond la volonté de libéralisation du secteur de l’aide à domicile.

La première allocation spécifique pour les personnes âgées dépendantes : la PSD

Il faudra attendre quasiment la fin des années 1990 pour que soit créée la première prestation assistancielle spécifique aux personnes âgées dépendantes. Financée par le département et soumise à conditions de ressources, la Prestation spécifique dépendance (PSD) ne rencontre pas le succès attendu car elle inclut une clause de récupération lors de la succession qui freine les destinataires potentiels.

Jusqu’à l’instauration de la PSD, c’est l’ACTP – Allocation compensatrice de tierce personne – qui faisait fonction de prestation d’aide sociale pour les personnes âgées dépendantes. Néanmoins, cet usage n’était pas celui prévu par la loi du 30 juin 1975 puisque l’ACTP était originellement destinée aux adultes de moins de 60 ans en situation de handicap ayant besoin de l’aide d’une tierce personne pour l’accomplissement des actes de la vie quotidienne.

Parallèlement à ce premier essai peu concluant, on voit apparaître des amorces d’actions qui caractériseront plus particulièrement les premières décennies du XXIe siècle, avec la mise en place de dispositifs de coordination gérontologique (réseaux de soins, puis de santé) et de dispositifs destinés à soulager les aidants informels (Centres de jours ou Structures d’accueil temporaire).

LES ANNÉES 2000 MARQUÉES PAR DES LOIS MAJEURES

Une nouvelle allocation spécifique pour les personnes âgées dépendantes : l’APA

Le début des années 2000 est marqué par une loi majeure en matière de politiques vieillesse, la loi du 20 juillet 2001, qui instaure une nouvelle prestation sociale spécifique aux personnes âgées dépendantes. L’Allocation personnalisée d’autonomie ou APA succède ainsi à la PSD.

Le choc de la canicule de 2003

La canicule de l’été 2003 génère une onde de choc chargée de culpabilité, si ce n’est de culpabilisation sociale, qui met en lumière la situation d’isolement et d’exclusion dans laquelle se trouvent un grand nombre de citoyens âgés. Les pouvoirs publics réagissent avec la loi du 30 juin 2004 relative à la solidarité pour l’autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées qui introduit 3 réformes :

  • la création de la CNSA [8],
  • la mise en place d’un plan d’alerte et d’urgence,
  • l’institution d’une journée de solidarité destinée à financer le renforcement des interventions en faveur de l’autonomie des personnes âgées et des personnes handicapées.
Affirmation d’un cadre déontologique

Deux autres lois sont également importantes concernant, cette fois, l’affirmation des droits liés à la perte d’autonomie :

  • la loi du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale [9] permet d’encadrer davantage les pratiques et de renforcer les droits des usagers ;

La loi 2002-2 inscrit l’usager au centre des préoccupations des établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESMS) [10]. Elle impose ainsi un certain nombre d’obligations visant à garantir ses droits, que cela soit en lien avec la mise en place d’outils internes (livret d’accueil, charte des droits et libertés…) ou de systèmes de contrôle externe (autorisation de création et de transformation, principe d’une évaluation continue, interne et externe…).

  • la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées promeut par là-même les droits des personnes âgées en situation perte d’autonomie.

Le rapprochement des politiques de la vieillesse et du handicap : Il est notable que les réformes ainsi engagées assimilent les enjeux liés à la perte d’autonomie des personnes âgées et ceux liés aux situations de handicap. Tout désavantage social associé à une incapacité mérite un traitement similaire quel que soit l’âge des personnes. Cette tendance se retrouve également dans l’ambition affichée de la loi 2002-2 d’homogénéiser les différents secteurs de l’action sociale et médico-sociale via un cadre déontologique et des pratiques professionnelles communément partagés.

Mille-feuille institutionnel

Les années 2000 se caractérisent, par ailleurs, par le renforcement de la coordination gérontologique, mais sans que cela soit élaboré de manière structurée. Aussi, voit-on apparaître de manière tout à fait différenciée selon les territoires des dispositifs dont les champs se recoupent plus ou moins (Clic, MAIA…). Cette situation renforce les inégalités territoriales en matière de politique vieillesse.

2016 OU LE CHANGEMENT DE PARADIGME ?
POUR L’ADAPTATION DE LA SOCIÉTÉ AU VIEILLISSEMENT

La loi d’adaptation de la société au vieillissement

La loi du 28 décembre 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement, dite loi ASV, est le dernier grand acte en matière de politique vieillesse.

➥ Elle porte avant tout une ambition très forte de prise de conscience nationale de l’imminence et de l’importance du vieillissement de la population en France. Loin d’être un sujet annexe qui pourrait être géré de manière indépendante des autres pans de la société, le vieillissement est au cœur des projets sociétaux et doit être intégré dans l’ensemble des politiques publiques.

L’adaptation de la société au vieillissement est un impératif national et une priorité de l’ensemble des politiques publiques de la Nation (Article 1 – Titre préliminaire) [11].

➥ Elle porte, également, un discours sur la vieillesse qui n’est plus seulement centré sur la perte d’autonomie. En cela, la loi ASV constitue une forme de retour aux sources du rapport Laroque qui préconisait en 1962 de mettre l’accent sur l’intégration sociale des personnes âgées via le logement adapté, les activités sociales et de loisir, etc.

Il apparaît de fait que le “tout médical” ne constitue pas une réponse suffisante au défi du vieillissement qui doit être appréhendé de manière plus globale : promotion de la prévention et de la participation sociale – lutte contre l’isolement – amélioration de l’habitat, etc.

Sur cette volonté de provoquer un électrochoc, ou du moins un réveil de la nation, la loi ASV a plutôt bien joué son rôle. En revanche, elle a également été déceptive dans le sens où les mesures et les moyens déployés ont pu être jugés insuffisants au regard des ambitions affichées.

Une multiplication des acteurs

Il faut dire que dans un contexte de stagnation économique et de réduction des déficits, les marges de manœuvre pour établir une politique vieillesse nationale qui porte fort les ambitions sociétales restent somme toute limitées – ouvrant ainsi la voie à de nouveaux acteurs.

De nouveaux espaces se dessinent mais sans qu’une voix ne s’impose encore clairement [12] entre des approches de marché, d’innovation technologique, de prévention de la santé ou encore d’inclusion sociale.

Une diversification des modes d’aide qui se poursuit : Avec l’apparition des politiques vieillesse au début des années 1960, a commencé à se mettre en place un premier mouvement d’externalisation et de professionnalisation de l’aide aux plus âgés – aide qui jusque-là relevait essentiellement de la sphère privée et familiale. Cette tendance s’est depuis poursuivie, plus récemment, par un mouvement de diversification et de libéralisation du système d’assistance avec une logique de marché liée notamment à la perception de solvabilité des générations du baby-boom.

LE PROCHAIN ACTE 2021 ?*

Lancé avec la concertation nationale en octobre 2018 et maintes fois reporté, le projet de loi «Grand âge et autonomie» est désormais très attendu. Et il est d’autant plus attendu que le contexte institutionnel est en train d’évoluer avec la création d’un 5ème risque couvert par la sécurité sociale : le risque dépendance ou perte d’autonomie.
Question récurrente depuis le rapport Laroque, ce 5ème risque constitue un changement de cap majeur dans l’histoire des politiques vieillesse. En effet, là où le modèle assistanciel qui avait court jusqu’à maintenant prévoit le versement de prestations aux individus qui en ont besoin, le modèle assurantiel basé sur des cotisations individuelles prévoit, quant à lui, un versement aux individus qui se sont assurés contre un tel risque. Une logique de don/contre-don (pour reprendre le principe maussien) qui se fait pour soi-même, de soi à soi.

*Le texte initial ayant été revu le 27/04/2021, il reste à écrire la suite des politiques vieillesse. Néanmoins, s’il y a bien un élément qui reste toujours d’actualité, c’est la mise en attente du projet de loi d’envergure, indispensable pour accompagner la transition démographique.

par Véronique Cayado

Docteure en psychologie, responsable d’études pour le Lab Autonomia

Sources :

[1] Cette notion de dette contractée par les descendants et d’obligation morale à l’égard des ascendants n’est pas sans résonance avec l’approche maussienne du “don – contre don”. Selon ce modèle de réciprocité observé dans les sociétés dites archaïques, la triple obligation de donner-recevoir-rendre constitue le contrat fondateur du lien social.

[2] Gucher, C., Des fondements aux enjeux contemporains des politiques publiques du handicap et de la vieillesse : divergences et convergences

[3] Seules 19% des personnes âgées à domicile déclarent bénéficier de l’aide exclusive d’un professionnel ; alors qu’elles sont 34% à déclarer une aide mixe et 48% une aide exclusive de leur entourage personnel. In Etudes et Résultats, 2019, n°1103

[4] Grand, A. (2016). “Du rapport Laroque à la loi relative à l’adaptation de la société au vieillissement en France”. Vie sociale, 15(3), p.16.

[5] Cité par Alvarez, S. (2014). Prévention et vieillissement : l’expérience individuelle face à la norme contemporaine du “bien vieillir”. Thèse NR Sociologie, Université de Grenoble, p.74.

[6] Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse.

[7] Puijalon, B. (2003). “Éric Gagnon, Francine Saillant et al., De la dépendance et de l’accompagnement. Soins à domicile et liens sociaux”. L’Homme, 167-168

[8] Caisse Nationale de Solidarité Autonomie

[9] La loi 2002-2, inscrite dans le Code de l’action sociale et des familles (CASF), rénove la loi du 30 juin 1975 6 relative aux institutions sociales et médico-sociales.

[10] Les services prestataires d’aide à domicile font quant à eux figure d’exception car ils peuvent relever, soit de l’autorisation de création et de l’ensemble des dispositions de la loi 2002-2, soit d’un agrément qualité et de quelques dispositions de la loi. Cette exception a depuis été remise en question avec la loi d’Adaptation de la société au vieillissement, dite loi ASV.

[11] Loi n° 2015-1776 du 28 décembre 2015 relative à l’adaptation de la société au vieillissement (1) 

[12] Argoud, D. (2016). “Nouveaux acteurs, nouveaux enjeux : quel avenir pour l’action sociale vieillesse ?”. Vie sociale, 15(3) : 101-115.

Baromètre exclusif : stop au travail au noir

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Baromètre exclusif : stop au travail au noir

07/10/2025

1 prestation à domicile sur 2 est non déclarée en France

Alors que près d'une prestation sur deux échappe encore aux radars fiscaux, le gouvernement continue de remettre en cause une aide pourtant jugée cruciale par les professionnels du secteur : le crédit d'impôt. 

Une étude menée par .becoming pour Oui Care - leader des services à domicile en France - alerte sur l'ampleur d'un phénomène sous-estimé et les risques d'un retour en arrière fiscal. Malgré son efficacité reconnue pour lutter contre le travail dissimulé, ce dispositif reste menacé chaque année dans le débat budgétaire, semant l'inquiétude dans un secteur déjà fragilisé. 

En bref : 

  • En 2025, 48% des prestations à domicile sont réalisées de manière non déclarée.
  • Pour 43% des Français, le travail non déclaré reste avant tout une solution économique.
  • 6 Français sur 10 considèrent même que le travail au noir freine la liberté des femmes. 
  • 84% des Français pensent que la suppression ou la réduction du crédit d'impôt favoriserait le travail non déclaré. 
  • L'avance immédiate de crédit d'impôt n'est connue que d'un Français sur deux. 
  • 23% des clients de services à la personne y renonceraient totalement en cas de suppression du crédit d'impôt.
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